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Les Aberrations chromosomiques



1 La trisomie 21
1.1 Clinique
1.2 Cytogénétique
2 Mécanisme des aberrations chromosomiques


Objectifs

1. Donner l'incidence de la trisomie 21 en fonction de l'âge. Expliquer la différence entre une trisomie 21 libre et une trisomie par translocation, donner les risques de récurrence dans les deux cas et la conduite à tenir à la grossesse suivante.

2. Décrire les modifications morphologiques retrouvées au niveau de la tête et au niveau de la main et citer les principales malformations viscérales de la trisomie 21.

3. Décrire les mesures préventives qui permettraient de diminuer le nombre de naissances de trisomiques 21.

4. Indiquer les informations et les conseils à donner aux parents d'un enfant trisomique 21 et énumérer les institutions existant pour ce type d'enfants.

5. Décrire les signes cliniques devant faire évoquer le syndrome de Turner chez un nouveau-né, chez une fillette, chez une adolescente.

6. Donner les formules chromosomiques du syndrome de Turner et du syndrome de Klinefelter et citer deux autres examens complémentaires à demander lorsqu'on suspecte un syndrome de Turner.

7. Décrire l'avenir d'un enfant atteint du syndrome de Turner.

8. Expliquer le principe technique, l'interprétation et l'intérêt de la recherche du sexe chromatinien.

1 - La trisomie 21

- 1846 : le Dr Édouard Séguin décrit pour la première fois le visage très caractéristique des individus trisomiques.
- 1866 : le Dr John Langdon Haydon Down fait une description détaillée des personnes trisomiques d'où le nom de syndrome de Down également employé comme synonyme de trisomie 21. C'est à lui qu'on doit aussi le terme de "mongol" car il a observé que les trisomiques ressemblaient étrangement aux peuples de Mongolie.
- 26 janvier 1959 : c'est la date qui marque un véritable tournant dans les recherches sur la trisomie. En effet, le Professeur Jérôme Lejeune et son équipe rendaient compte de leur découverte à l'Académie des Sciences à savoir l'existence d'un troisième chromosome sur la 21 ème paire chromosomique.

                         

Par cette découverte s'ouvrait un nouveau chapitre de pathologie, celui des aberrations chromosomiques dont la trisomie 21 reste le type le plus fréquent.

La trisomie 21 est l'aberration chromosomique la plus fréquente. On compte actuellement 50 000 personnes trisomiques en France, 400 000 en Europe et 8 millions dans le monde.
La probabilité d'avoir un enfant trisomique augmente avec l'âge de la mère :
- 1 pour 2 000 naissances vers 20 ans.
- 1 pour 400 vers 38 ans.
- 1 pour 100 vers 40 ans.

 Un tiers de trisomiques naissent donc de mères âgées de plus de 38 ans.

L'espérance de vie d'un enfant trisomique a fortement augmenté. Dans les années 50, elle était d'environ 20 ans, aujourd'hui, les personnes atteintes de trisomie 21 arrivent à vivre jusqu'à plus de 60 ans

1.1 Clinique

L'enfant naît généralement à terme avec un poids de naissance normal.
Le diagnostic est parfois difficile chez le nouveau-né et en particulier chez le prématuré. C'est l'association d'une dysmorphie et d'une hypotonie qui conduit au diagnostic.

1.1.1 La dysmorphie

L'aspect de la tête et du visage est évocateur :
- la tête est petite, arrondie, la nuque aplatie, le faciès rond avec un profil plat ;
- les fentes palpébrales sont obliques, en haut et en dehors ;
- il existe un épicanthus, donnant un aspect d'écartement exagéré des yeux (hypertélorisme) ;
- le nez est court, peu saillant, avec une racine effacée ;
- les oreilles sont souvent bas implantées, petites, rondes, mal ourlées ;
- la bouche est petite, la langue est souvent plicaturée, et surtout protruse, la voûte palatine ogivale ;
- la première dentition est tardive ; et les dents apparaissent dans un ordre irrégulier ;
- à la périphérie de l'iris, quand il est bien bleu, on voit souvent de petites taches dites de Brushfield ; le strabisme est fréquent.

La main est particulièrement caractéristique :
- les doigts sont courts et larges ;
- au 5è doigt, il existe une brachymésophalangie avec clinodactylie ; la phalange moyenne du cinquième doigt est anormalement petite, faisant penser qu'il n'existe que deux phalanges à l'auriculaire et d'ailleurs, ce doigt ne présente souvent qu'un seul pli de flexion ;
- les dermatoglyphes sont très particuliers : dans un grand nombre de cas les les deux plis de la paume sont remplacés par un pli palmaire unique transverse (mais ce caractère n'est pas constant ; il se retrouve dans d'autres aberrations chromosomiques et aussi chez 1 % des sujets normaux).

Les enfants ont souvent un retard statural, mais non pondéral. Il existe souvent une hernie ombilicale et même un diastasis des grands droits. Les deux premiers orteils sont trop espacés.

1.1.2 Les malformations

1.1.2.1 Les malformations cardiaques

sont présentes dans près de 50 % des cas. Il s'agit le plus souvent d'un canal atrio-ventriculaire (cardiopathie non cyanogène avec souffle, gros cœur à la radiographie, axe hyper droit à l'E.C.G.). Dans sa forme complète, comportant CIA + CIV + fentes mitrale et tricuspidienne, cette cardiopathie est très sévère, le plus souvent mortelle dans la première année de vie. Le traitement chirurgical reste grevé d'une lourde mortalité.

1.1.2.2 Les malformations digestives :

- atrésie duodénale et surtout,
- sténose duodénale incomplète entraîne des vomissements.

Les malformations cardiaques et digestives sont donc à rechercher systématiquement en période néonatale chez le trisomique 21. Elles peuvent être à l’origine de diagnostic anténatal (nous y reviendrons).

1.1.2.3 Les  anomalies osseuses :

sont évocatrices, surtout les anomalies du bassin (diminution des angles acétabulaires et iliaques) mais également la brièvetéde la 2ème phalange du 5ème doigt, l'absence de la 12ème côte et le retard de lamaturation osseuse.

1.1.2.4 L'arriération mentale :

L'encéphalopathie se traduit à la naissance par une hypotonie contrastant avec l'hypertonie physiologique du nouveau-né normal. Elle est constante et est un argument diagnostique lorsque la dysmorphie est douteuse.

L'encéphalopathie devient plus évidente avec la croissance. Le retard du développement psychomoteur est constant dès la première enfance : il est exceptionnel qu'ils aient acquis la marche à un âge normal (avant 18 mois) ; toutefois l'arriération mentale devient souvent plus évidente plus tard devant une acquisition très tardive du langage. Au total un faible pourcentage aura l'apprentissage de la lecture et moins encore celui de l'écriture.

Le QI est en moyenne de 50 avec des extrêmes allant de 38 à 70-80 à l'âge de cinq ans mais il va souvent décroître ensuite.

Le diagnostic est en général facile à porter. Il se pose parfois lorsque la dysmorphie est discrète et surtout à la naissance ou lors des premiers mois de la vie, avec :
- le myxœdème du nourrisson,
- la maladie des épiphyses ponctuées, beaucoup plus rare,

Bien entendu, dans tous les cas douteux, le caryotype confirme la trisomie.

1.1.3 Évolution

Alors que la croissance pondérale est souvent normale, la croissance staturale se fait en général à -2DS au-dessous de la moyenne (d'où un excès pondéral relatif). La dysmorphie s'atténue avec le temps mais à l'âge adulte, ils auront vite un aspect précocément vieilli.
Mais la gravité des cardiopathies et des malformations digestives, Le risque accru de leucémies, 10 a 20 fois supérieur à celui de la population générale, entraîne le décès d'un certain nombre d'entre eux de façon précoce. En l'absence de ces malformations, l'espérance de vie a dépassé 55 ans.
Ces enfants sont réputés sensibles aux infections, en particulier à la tuberculose. Ils devront bénéficier de toutes les vaccinations.

Adultes, ces sujets restent petits, volontiers obèses, après l'âge de la puberté qui survient à la date normale. Les filles sont réglées normalement et peuvent être fécondes, avec le risque d'avoir un enfant trisomique 21 : ceci pose un problème nouveau depuis que ces jeunes filles vivent dans des établissements mixtes et les familles doivent en être averties. Par contre le garçon  est stérile.

Une hypothyroïdie peut apparaître. Il existe souvent une cataracte sénile. Surtout, le handicap mental s'aggrave du fait principalement de l'apparition d'une démence proche de celle de la maladie d'Alzheimer.

1.2 Cytogénétique

Une cellule humaine diploïde possède 23 paires de chromosomes, chaque paire étant identifiée par un numéro (sauf la dernière paire, correspondant aux chromosomes sexuels). C'est ce que l'on peut observer en réalisant le caryotype de toute cellule du corps humain, à l'exception des cellules sexuelles (qui sont haploïdes, et ne possèdent donc que 23 chromosomes).

Le caryotype est toujours indispensable, non pas tellement pour confirmer le diagnostic posé cliniquement, mais pour le conseil génétique. Le caryotype révèle dans 95 % des cas une trisomie libre, (c'est-à-dire que les trois chromosomes 21 sont bien isolés) par rapport à la trisomie par translocation et homogène c’est-à-dire présents dans toutes les cellules par opposition à la trisomie 21 en mosaïque, rare (2 % des cas).

L'aberration chromosomique est due ici à une mal disjonction des deux chromosomes 21 au moment de la méiose ; un des gamètes garde les deux chromosomes 21 et se fusionne ensuite avec le gamète du sexe opposé, réalisant ainsi une cellule trisomique. Cette mal disjonction est fréquente chez la femme de plus de 40 ans et s'explique en partie par le vieillissement des ovules qui existent chez la fille dès la naissance et qui sont ainsi soumis à de nombreuses agressions. Mais cette trisomie libre peut se voir aussi cependant chez la femme jeune. Dans ce dernier cas, le risque de survenue d'un nouvel enfant trisomique 21 est faible, mais certainement nettement supérieur à celui de la population générale ( 1 % c'est-à-dire celui d'une femme de 40 ans). Enfin, on a pu prouver que la non-disjonction était parfois d'origine paternelle !
Dans 5 % des cas de trisomie 21, on ne retrouve que deux chromosomes 21 libres, le troisième est transloqué sur un autre chromosome, généralement le chromosome 14, plus rarement du groupe 21 - 22. Il s'agit alors d'une trisomie par translocation.
La translocation peut se produire au moment de la méiose, qui a donné le gamète fécondé : c'est une translocation "de novo". L'enfant trisomique 21 est le seul a avoir un caryotype anormal ; les caryotypes des parents sont normaux ; dans ce cas, le risque d'avoir un nouvel enfant trisomique 21 pour la mère est faible, (de l'ordre de 1 %).
Mais parfois, cette translocation est familiale. La mère (ou plus rarement le père), bien qu'étant cliniquement tout à fait normale, est porteuse de la translocation. Elle n'a qu'un chromosome 21 libre, l'autre est transloqué. Lors de la méiose, le risque d'une malségrégation des chromosomes est considérable, le chromosome transloqué suivant le chromosome porteur en même temps que l'autre chromosome 21. Dans une translocation d'un 21 sur un 14, le risque théorique de voir naître une trisomique est de 1/3 à chaque naissance.
En fait, il est plus faible (1/5) lorsque le parent transloqué est la mère, 1/20 lorsque c'est le père.

Ces notions ont conduit à la mise en place du diagnostic prénatal, qui fera l'objet d'un chapitre particulier.

2 - Mécanisme des aberrations chromosomiques

Les aberrations chromosomiques résultent donc d'accidents mécaniques subis par le chromosome lors de la division cellulaire.
Lors de la méiose, deux mécanismes sont possibles :
- la non disjonction aboutissant à des anomalies du nombre : ex. Trisomie 21 ;
- la cassure aboutissant à des anomalies de stucture :

  • la cassure simple entraîne la perte d'un fragment de chromosome, il s'agit d'une délétion simple,

  • la cassure double peut permettre une délétion intercalaire, le segment distal se recollant au segment restant avec ou sans inversion.

  • Enfin, en cas de casssure, le fragment libre peut rejoindre un autre chromosome ; il y a alors translocation.

Les possibilités sont nombreuses et la nomenclature a été fixée lors de réunions internationales (CHICAGO, 1956 - PARIS, 1971). Le caryotype indique le nombre total de chromosomes, les chromosomes sexuels, les anomalies autosomiques : l'homme normal = 46, XY ; le trisomique = 47, XY, + 21.

Dans les anomalies de structure :
(-) indique une délétion, par exemple :

  • (5p-) indique une délétion du bras court du 5,

  • (18q-) indique une délétion d'un bras long de 18.

(+) indique une adjonction : dans la translocation, on met entre parenthèses les chromosomes entre lesquels se sont faites les translocations. 45, XY, t (14q ; 21 q) signifie qu'il y a translocation d'un bras long du 14 sur un bras long du 21 : c'est la translocation robertsonienne la plus couramment à l'origine d'une trisomie par translocation.

   
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